La plantation des arbres fruitiers
Les arbres vendus racines nues se plantent entre novembre et mars. Nous attendons en pépinière, avant d’arracher vos arbres fruitiers, que ceux-ci aient naturellement perdu leurs feuilles (sinon effeuillage manuel obligé, hé oui !) : cela correspond à la mise en réserve complète de l’énergie de l’arbre dans ses racines.
Dans le contexte de changement climatique que nous connaissons tous, le célèbre adage « à la Sainte-Catherine, tout arbre prend racine » (le 25 novembre) tend à se décaler de plus en plus. Je conseille de toujours privilégier les plantations d’hiver, pendant les mois de décembre et janvier principalement.
En effet, l’hiver, les racines des arbres poussent toujours un petit peu. Elles disposent donc de davantage de temps pour s’implanter durant l’hiver : les arbres sont ainsi plus autonomes et plus résistants à la sécheresse le premier été.
Il faut surtout éviter de laisser les racines à l’air libre avant la plantation. Si vous n’avez pas le temps de les planter juste après votre achat, mettez-les en jauge (trou dans le sable ou la terre du jardin). Un arbre peut être planté par températures négatives ou même sous la neige. Il ne faut pas que les racines gèlent pendant que vous creusez vos trous, ni qu’elles soient trop exposées aux rayons directs du soleil.
Comment planter ?
Faites un trou au moins deux fois plus grand que le volume racinaire (environ 50 cm × 50 cm, 60 cm de profondeur). Il faut principalement que la terre soit meuble et non compactée : les racines pivots auront ainsi plus de facilité à descendre en profondeur les premières années, ce qui permettra une bonne résistance aux sécheresses et aux vents forts.
Recoupez les racines de façon nette au sécateur si besoin et veillez à ce qu’elles ne soient pas entortillées entre elles, afin de leur permettre d’explorer le maximum de surface.
Trempez ensuite les racines dans un pralin constitué d’argile, de terre, d’eau et éventuellement d’un peu de bouse fraîche. Il permettra de constituer une coque protectrice autour des racines et radicelles.
Remettez la terre progressivement dans le trou tout en agitant légèrement l’arbre de haut en bas pour éviter les poches d’air entre les racines (à deux, c’est plus facile). Soyez attentif à ne pas enterrer le point de greffe : ce dernier doit être au minimum à environ 10 cm du sol. Ne tassez pas la terre avec le pied, c’est inutile…
Préférez au tassage un arrosage de l’équivalent d’un arrosoir par arbre à la plantation, afin que les racines prennent contact directement avec la terre. Ainsi, les transferts de nutriments pourront s’opérer rapidement. Vous pouvez créer une forme de « cuvette » au pied de l’arbre avec la terre, afin qu’elle réceptionne et absorbe la quantité d’eau.
Prévoyez un tuteur par arbre : cela lui permet de pousser droit et de ne pas se retrouver penché suite à des vents forts les premières années. N’oubliez pas d’enlever l’étiquette, qui risque d’étrangler l’arbre ou de casser ; notez plutôt la variété dans le plan de votre verger.
Pensez également à mettre en place une protection contre les animaux indésirables : chèvres, brebis, ânes ou chevaux, chevreuils ou sangliers.
Quels apports à la plantation ?
Un apport de corne broyée mélangée à la terre du trou est un plus. C’est un engrais organique riche en azote, provenant des déchets des abattoirs. Sa diffusion dans le sol est longue et progressive. Elle est utilisable en agriculture biologique et ne brûle pas les plantes.
Concernant le fumier, il n’y a aucune justification à le placer au fond du trou : il risquerait de brûler les racines. Préférez un petit apport de fumier composté au pied de l’arbre, une fois le trou rebouché. Les vers de terre et la vie de votre sol se chargeront de dégrader ce fumier en éléments consommables pour vos arbres en surface.
Il faut toujours être mesuré avec le fumier : un excès de fertilisation peut engendrer l’attirance de ravageurs sur vos arbres, tels que les pucerons.
En tant qu’éleveur de brebis, je ne saurais que vous vanter et vous conseiller un fumier de brebis bien composté, équilibré entre sa structure et sa tonicité.
Vous pouvez enfin disposer un paillage (paille, bois raméal fragmenté, feuilles, copeaux, etc.) autour du pied de votre arbre. Il empêchera l’évaporation de l’eau et limitera la pousse de l’herbe. Pensez à vérifier les premières années que des campagnols n’ont pas élu domicile dessous ; sinon, enlevez-le et travaillez le sol.
Distances de plantation entre les arbres
Selon les porte-greffes que vous avez choisis, ne perdez pas de vue que la couronne d’un arbre à l’âge adulte sera bien différente du petit arbre que vous plantez. Pour les porte-greffes nanisants, comptez tous les 2 mètres ; pour les mi-tiges, tous les 5 mètres ; pour les francs, plutôt 9 mètres, voire 11 mètres pour les châtaigniers.
Suivi de plantation
Bien arroser les premières années
Si vous pouvez arroser les premières années, c’est un plus assez important pour la reprise de l’arbre. 10 litres par arbre tous les 15 jours pendant les mois de juin, juillet et août, ce n’est pas du luxe !
Fumier et paillage
Vous pouvez à nouveau épandre votre bon fumier autour de l’arbre, puis renouveler votre paillage. Une fumure de fond est généralement faite avant l’hiver, mais vous pouvez aussi ré-apporter une fumure au printemps pour soutenir la floraison et la fructification.
Enlever les pousses en été
Durant l’été, supprimez les pousses qui se trouvent à une hauteur inférieure à celle de votre genou, et surtout celles qui sont en dessous du point de greffe.
Il est conseillé d’enlever manuellement les fleurs au moins les deux premières années. La fructification précoce risque d’affaiblir l’arbre et de défavoriser la pousse des branches (futures charpentières) ainsi que l’enracinement du jeune arbre. Votre arbre aura largement le temps de fructifier tout le restant de sa longue vie.
La taille
Il existe autant de façons de tailler que de personnes qui taillent. Soyez délicat dans votre usage du sécateur et propre dans vos coupes (pensez aux bons angles de coupe !). Vous pouvez consulter de nombreux ouvrages à ce sujet, notamment chez l’éditeur Terre Vivante.
La taille de formation
Action qui consiste à créer la future structure de l’arbre, lui permettant d’être en capacité de soutenir correctement les charges de fruits à l’avenir.
Taille la première année
La première année, vous pouvez choisir de laisser l’arbre garder son port libre et naturel, ou bien de lui couper la tête. Si vous faites ce second choix, n’hésitez pas à ne garder que 3 à 5 pousses au départ du tronc qui, équilibrées dans l’espace, formeront les futures « charpentières » de l’arbre.
Taille la deuxième année
La deuxième année, vous pouvez rabattre ces dernières d’environ un tiers (en fonction de la qualité de pousse de votre arbre) afin de « rigidifier » cette structure et permettre la création de ramifications secondaires l’année suivante.
Taille la troisième année
La troisième année, la future structure de l’arbre est créée. Il suffit de tailler les branches qui se croisent, le bois mort et quelques gourmands un peu trop vigoureux. Essayez de penser à l’allongement de l’arbre.
Vous pouvez aussi faire le choix d’intervenir le moins possible : c’est toujours la mise à fruits qui fera courber vos branches et évoluer la structure de votre arbre. Enlevez seulement le bois mort et les branches qui se touchent et se gênent.
La taille de fructification
Il faut avoir en tête de favoriser l’aération et la pénétration de la lumière à l’intérieur de l’arbre : c’est elle qui permet la bonne maturité de vos fruits ainsi que la bonne induction florale de la saison suivante. Supprimez ensuite les bois morts et ceux qui subissent des frottements, et simplifiez les pousses en cas de ramifications complexes qui s’entrecroisent.
Veillez à bien désinfecter vos sécateurs à l’alcool afin de limiter la propagation d’éventuelles maladies entre vos arbres.
L’alternance des arbres fruitiers
Une production abondante une année sur deux
L’alternance chez les arbres fruitiers est un phénomène naturel : ne produire des fruits en abondance qu’une année sur deux. Une année, on a une grosse récolte ; l’année suivante, l’arbre ne porte que peu de fruits ; celle d’après, la production est à nouveau belle, et ainsi de suite.
Ce phénomène s’explique ainsi : au moment de la formation des ébauches de boutons floraux — c’est-à-dire pendant l’été — les futures fleurs sont en concurrence avec les jeunes fruits en train de grossir sur l’arbre, et le partage des éléments nutritifs ne se fait pas de manière équitable, au profit des fruits.
Les fruits ont en effet davantage de facilité à attirer la sève à eux et à grossir que les futurs bourgeons floraux. Ceux-ci, défavorisés, ne peuvent donc pas se développer en nombre lorsque l’arbre porte beaucoup de fruits : il développe alors surtout des bourgeons à bois. L’année suivante, les fleurs sont rares et la récolte faible ; mais l’arbre développe beaucoup de bois et prépare de nombreux bourgeons floraux pour l’année d’après, et ainsi de suite. Nous pouvons agir sur ce phénomène par l’éclaircissage.
Éclaircissage sur les fruits
En réduisant le nombre de jeunes fruits sur l’arbre lors des années de floraison importante et de grosse récolte, on limite l’effet inhibiteur des fruits sur la formation des fleurs de l’année suivante. On régularise ainsi la productivité et le calibre des fruits année après année.
Au stade jeunes fruits, courage ! Prenez les branches les unes après les autres et, tout en imaginant l’emplacement et la place que peut prendre une belle pomme sur la branche, enlevez tout ce qui serait en trop.
Éclaircissage sur les fleurs
C’est une tâche un peu fastidieuse que d’enlever un certain nombre de fleurs pour réduire la charge future en jeunes fruits. C’est cependant la meilleure manière de contrôler les hormones responsables du phénomène d’alternance avant le stade jeune fruit, en aidant l’arbre à produire une quantité égale de bourgeons à bois et de bourgeons à fruits chaque année.
Voilà : tout cela ne vous donne qu’un petit aperçu de cet art et de cet amour que nous pouvons porter aux arbres et aux fruits. Donc…
À vos pelles, pioches, fourches, sécateurs, scies japonaises, greffoirs, escabeaux et paniers : bonnes plantations et belles récoltes !




